
Et si l’école apprenait, elle aussi, à être inclusive et flexible
5 novembre 2025 par Une voix parmi d'autres
L’inclusion dont il est ici question est à la fois ouverte et flexible. Elle ouvre un espace d’apprentissage où chaque façon d’apprendre, de comprendre et de grandir trouve sa place. Ainsi, il s’agit d’une inclusion au service de la vie, de la relation et du respect (Rosenberg, 2019).
Notre système éducatif transmet de nombreux savoirs et savoir-faire, mais il laisse parfois en arrière-plan les besoins de connexion, d’appartenance et de sens qui nourrissent l’être humain. De ce fait, Rosenberg (2019) invitait à concevoir l’école comme un lieu d’exploration, où enfants, parents et professionnel·les apprennent ensemble, dans un climat d’écoute, de collaboration et de bienveillance.

Voiles suspendus dans une salle de classe, évoquant la créativité, la souplesse et la diversité des apprentissages.
Éveiller la curiosité et la joie d’apprendre
L’éducation vise à éveiller la conscience de soi, des autres et du monde qui nous relie. En cultivant cette connexion intérieure et relationnelle, elle reste vivante et ouverte. Lorsqu’elle perd ce fil, elle risque de devenir un espace d’adaptation plutôt que d’épanouissement.
Du côté de la personne enseignante, cela peut se traduire par une transmission de savoirs sans réel espace de dialogue ou de compréhension partagée. Alors que chez la personne en apprentissage, par le fait d’apprendre pour plaire, pour éviter la punition ou par peur d’échouer.
Face à cela, apprendre en conscience, c’est donc chercher à donner du sens à ce que l’on vit. C’est relier ce qu’on découvre à sa propre expérience, se sentir libre de poser des questions et d’explorer. Ainsi, quand le processus d’apprentissage devient un espace d’écoute et de curiosité partagée, il ravive le lien. L’envie d’apprendre ensemble, et de se comprendre vraiment, retrouve alors son élan.
À l’ère du numérique : préserver la dimension humaine
Aujourd’hui, à l’ère du numérique, les façons d’enseigner, d’apprendre et d’accompagner se transforment profondément. Cela amène une question essentielle: comment préserver la qualité de la présence et du lien humain tout en rendant les environnements éducatifs plus inclusifs et flexibles ? Pour y parvenir, des repères clairs et une intention commune de compréhension, d’évolution et de contribution partagée permettent à chacune et chacun de participer à la qualité du lien et des apprentissages.
En réalité, l’inclusion ne se limite pas à offrir les mêmes outils à toutes et tous. Elle consiste à concevoir, dès la conception des milieux souples et bienveillants, capables d’accueillir la pluralité des façons d’apprendre, de comprendre et de se relier aux autres (Desmarais et Rousseau, 2025).
Nos cerveaux n’apprennent pas tous de la même façon
Les neurosciences confirment ce que l’expérience humaine nous enseigne depuis toujours. Chaque personne apprend à sa manière, selon ses besoins et son vécu (Desmarais et Rousseau, 2025).
Nos pensées, nos émotions et nos gestes se relient comme les mailles d’un grand réseau vivant. Chaque lien représente une connexion dynamique entre des cellules nerveuses appelées neurones. Leur rôle est de transmettre, traiter et intégrer continuellement les informations issues de nos expériences. Le cerveau crée sans cesse de nouvelles connexions. Celles déjà existantes se renforcent selon ce que nous apprenons, ressentons ou répétons : c’est la plasticité cérébrale. Ce mouvement constant et évolutif rend chaque parcours d’apprentissage unique. Il confirme la richesse de la diversité humaine, une réalité naturelle à accueillir et à reconnaître.
Par exemple, une personne en apprentissage peut retenir une information en la répétant à voix haute, alors qu’une autre aura besoin de la visualiser ou de l’expérimenter pour vraiment la comprendre. Cependant, certaines idées reçues demeurent bien ancrées.
Apprendre autrement : au-delà des étiquettes
Le neuromythe des styles d’apprentissage repose sur la croyance qu’il existerait des types d’apprenants : « visuel·les », « auditif·ves », « kinesthésiques », « verbaux » ou « tactiles » (Desmarais et Rousseau, 2025). Ces catégories peuvent sembler utiles pour simplifier la diversité des personnes apprenantes. Pourtant, elles ne rendent pas justice à la complexité des processus d’apprentissage et peuvent réduire la confiance en ses propres capacités.
En réalité, plusieurs zones du cerveau — visuelles, auditives, langagières, cognitives et émotionnelles — collaborent simultanément lors des apprentissages. Reconnaître cette diversité, c’est déjà faire un pas vers une approche plus humaine, où l’éducation s’adapte aux personnes plutôt que de chercher à les faire entrer dans un modèle unique.
La flexibilité comme levier d’équité
Soutenir réellement chaque personne dans son parcours d’apprentissage, c’est agir en faveur de l’équité (Collet, 2021). Toutefois, certaines structures ou pratiques, même sans intention de nuire, produisent encore des formes d’exclusion discrètes.
Pensons à une personne en apprentissage qui comprend les notions à son rythme et qui peut se sentir découragée lorsqu’on valorise surtout la rapidité. Ou à une autre qui apprend mieux en échangeant qu’en travaillant seule, et qui peine parfois à trouver sa place dans des environnements où l’autonomie individuelle est davantage reconnue que la collaboration. À l’inverse, certaines personnes se sentent plus à l’aise lorsqu’elles apprennent seules, dans un climat de calme et de concentration, et peuvent se sentir en décalage lorsque la collaboration est grandement valorisée.
Ainsi, reconnaître ces différences, c’est déjà faire un pas vers des milieux éducatifs inclusifs et conscients, qui visent à accueillir la diversité des besoins, des rythmes et des façons d’apprendre plutôt qu’à les uniformiser. L’équité éducative ne consiste pas seulement à offrir les mêmes accès ni à compenser des écarts par des mesures ponctuelles. Elle appelle à une posture éducative plus réflexive, où les pratiques et les cadres s’ajustent aux réalités humaines de la formation.
De plus, toutes les personnes n’ont pas eu, au départ, les mêmes conditions pour apprendre ou s’épanouir, en raison de leur parcours, de leur milieu, de leur genre, de leur origine ou d’inégalités économiques. Ces réalités rappellent l’importance de créer des environnements d’apprentissage ouverts et bienveillants, capables de soutenir la sécurité, la confiance et le pouvoir d’agir de chacun·e.
En somme, repenser nos institutions éducatives, c’est admettre que derrière chaque politique et chaque règle, il y a des humains qui apprennent, enseignent et grandissent ensemble.
Références
Collet, I. (2021, 29 septembre). Appliquer une pédagogie de l’égalité dans les enseignements d’informatique. Interstices. https://interstices.info/appliquer-une-pedagogie-de-legalite-dans-les-enseignements-dinformatique/
Desmarais, M.-É. et Rousseau, N. (2025). La conception universelle de l’aprentissage: mettre en oeuvre une pédagogie flexible et inclusive. Presses de l’Université du Québec. https://www.puq.ca/catalogue/libreacces/conception-universelle-apprentissage-3986.html
Rosenberg, M. B. (2019). Vers une éducation au service de la vie. Les Éditions de l’Homme.
UN PETIT PAS À LA FOIS...
Quel serait, pour chacune et chacun de nous, le premier petit pas vers une éducation plus flexible, plus juste et plus bienveillante ?
Ressources à découvrir à son rythme
Des outils accessibles et variés pour soutenir la réflexion, enrichir les pratiques et encourager le partage de savoirs. La section évolue au fil des besoins exprimés ou partagés par la communauté.
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