
Dynamiques de pouvoir au quotidien : comprendre ce qui influence nos choix
3 juin 2026 par Une voix parmi d'autres
Il arrive parfois de sortir d’une conversation, d’un rendez-vous ou d’une démarche avec un malaise difficile à expliquer.
On se demande : Est-ce que j’ai mal compris? Est-ce que j’aurais dû poser plus de questions? Est-ce que j’ai manqué de confiance?
Ces questions sont fréquentes et légitimes. D’ailleurs, elles peuvent nous aider à prendre du recul. Pour mieux saisir ce qui se passe, il est aussi utile de regarder le contexte : les règles, la façon dont l’échange se déroule, le temps disponible, les attentes envers chacun·e et l’accès à l’information. Ces éléments peuvent faciliter ou limiter le fait de demander une précision, de nommer un besoin ou de se positionner.
Dans cette perspective, reconnaître les dynamiques de pouvoir peut aider à mieux situer un malaise dans un échange ou une démarche. Cela permet parfois de retrouver une part de pouvoir d’agir.
De quoi parle-t-on?
Les dynamiques de pouvoir désignent la façon dont l’influence, les rôles, les responsabilités, la parole et les ressources se répartissent dans une relation, un groupe ou un milieu. Elles peuvent agir sur la place que l’on peut prendre, le fait d’être entendu·e ou la participation à ce qui nous concerne.
Des dynamiques de pouvoir présentes dans le quotidien
Le pouvoir ne se trouve pas seulement dans les titres, les fonctions officielles ou les choix importants. Il peut aussi circuler dans les gestes ordinaires, les règles, les habitudes, les mots utilisés et les façons de faire. La position que nous occupons peut modifier notre marge de manœuvre dans une situation. Être parent, enfant, proche aidant·e, collègue, gestionnaire, personne professionnelle, personne accompagnée ou étudiant·e ne donne pas toujours le même accès aux échanges, aux ressources ou à la possibilité de s’exprimer.
Ces dynamiques montrent comment le pouvoir circule dans les relations et les milieux. Dans certains cas, elles soutiennent la vie collective lorsqu’elles clarifient les responsabilités, les attentes ou le partage des ressources. À l’inverse, elles deviennent plus contraignantes lorsqu’une personne, un rôle ou une règle prend plus de place que les autres. Dans ces situations, participer, nommer un besoin ou dire non peut devenir plus difficile.
Elles se retrouvent dans plusieurs milieux de vie: la famille, le travail, l’école, les services, les institutions et les démarches administratives. Peu à peu, elles peuvent devenir moins visibles.
Pourtant, elles continuent parfois de marquer les relations et le déroulement des situations.
Pourquoi y porter attention?
Les reconnaître aide à mieux se situer dans une relation, une démarche ou une expérience concrète. En ce sens, cette prise de conscience peut soutenir le dialogue et le pouvoir d’agir. Elle permet aussi de replacer son vécu dans un contexte plus large. Cela peut aider à agir avec plus de clarté, de dignité et de responsabilité (Freire, 2021; hooks, 2019).
Quelques situations du quotidien
Les exemples suivants offrent quelques repères concrets pour reconnaître comment ces dynamiques peuvent apparaître dans des situations courantes.
|
Situation du quotidien |
Ce qui peut influencer la situation |
Ce que la personne peut vivre ou chercher |
|---|---|---|
|
Une personne hésite à poser une question lors d’un rendez-vous, d’un appel ou d’une démarche auprès d’une ressource ou d’un service. |
Les mots utilisés, le rythme de l’échange, le ton ou le non-verbal peuvent rendre plus difficile le fait de demander une précision. |
De la retenue ou de l’incertitude; un besoin de clarté, de temps et d’accueil et de pouvoir vérifier sa compréhension. |
|
Une règle semble simple, mais demande plus d’ajustements à certaines personnes. |
Une seule façon de faire, avec peu de place pour les réalités différentes : horaire, santé, langue, revenu, transport ou responsabilités familiales. |
De la fatigue ou un sentiment de décalage; un besoin de souplesse, d’équité et de considération et d’ajustement. |
|
Au travail ou à l’école, une personne sent qu’elle doit constamment démontrer sa crédibilité pour être prise au sérieux. |
Certaines paroles sont écoutées, reprises ou jugées crédibles plus rapidement que d’autres. |
De la pression ou de la vigilance avec un besoin de respect et de confiance et de reconnaissance de sa contribution. |
|
Dans une rencontre d’aide ou d’accompagnement, une personne cherche ses mots. |
Le temps disponible, les questions posées, les mots attendus ou la place laissée aux nuances. |
De la gêne, de la frustration ou un sentiment d’isolement; un besoin d’écoute, d’espace, de compréhension et d’accueil de son rythme. |
|
Dans la famille ou l’entourage, certaines responsabilités reviennent souvent à la même personne. |
Des habitudes installées, des attentes liées aux rôles ou une répartition des tâches peu discutée. |
De la fatigue, de l’essoufflement, ou de l’irritation avec un besoin de soutien de partage, de dialogue et de conditions plus équitables. |
Lorsqu’elles se répètent, ces situations peuvent aussi avoir des effets sur la santé globale et le bien-être. Elles peuvent entraîner du stress, de la fatigue, de la retenue, de la solitude ou un sentiment d’exclusion. De plus, certaines réalités, comme un revenu limité, un logement instable, une expérience de discrimination ou un accès difficile aux services, peuvent aussi réduire les marges de manoeuvre.
À l’inverse, l’accueil, la reformulation, la souplesse et la reconnaissance des réalités différentes peuvent soutenir un climat plus respectueux et plus clair.
Ces éléments peuvent aider à mettre des mots sur un malaise, à reconnaître ce qui serait aidant et à choisir une prochaine étape réaliste.

Des pistes pour retrouver un pouvoir d’agir
Pour mieux se situer, les repères de l’OSBD en communication bienveillante propose quatre repe`res : observer les faits sans juger, nommer ce que la situation fait vivre, reconnaître le besoin et formuler une demande claire (Rosenberg et al., 2016).
Cette démarche aide à revenir au concret, sans se juger trop vite ni accuser l’autre. Elle peut soutenir un premier petit pas : demander une reformulation, nommer une limite, chercher un appui, clarifier une attente ou demander un délai.
Créer des conditions plus équitables
Une dynamique plus équitable ne signifie pas que tout doit être partagé parfaitement en tout temps. Elle repose plutôt sur des conditions où les personnes peuvent se sentir entendues, respectées et capables de prendre part aux échanges.
Le pouvoir d’agir peut aussi être collectif. Par exemple, un milieu de travail, une école, un organisme, une famille ou un service peut rendre ses attentes plus explicites, simplifier ses démarches, adapter ses communications ou prévoir des moments de dialogue.
Voir ce qui influence nos choix ne transforme pas instantanément les situations. Toutefois, cette compréhension peut offrir des mots, du recul et une respiration. Elle peut aussi ouvrir un peu plus d’espace pour agir avec lucidité.
FAQ
Est-ce que je peux demander une précision sans déranger?
Oui. Demander une précision peut être une manière simple de clarifier une situation. Cela peut se formuler doucement, par exemple : Pouvez-vous me réexpliquer cette partie? ou J’aimerais vérifier si j’ai bien compris. Ce type de demande peut soutenir un dialogue plus respectueux et plus ajusté aux besoins de chacun·e.
Que faire si je ne comprends pas pourquoi une situation m’a laissé un malaise?
Il n’est pas toujours nécessaire de tout comprendre immédiatement. Dans ce cas, un premier pas peut être de revenir à ce qui s’est passé : les mots utilisés, le rythme de l’échange, la place laissée aux questions ou le contexte général. Ensuite, il peut être utile de se demander : De quoi aurais-je eu besoin à ce moment-là? Plus de temps, d’écoute, d’explications, de respect ou de soutien? Cette réflexion peut aider à mettre des mots sur ce qui a été vécu, sans se juger trop vite.
Est-ce que ces dynamiques concernent seulement les personnes qui ont moins de pouvoir?
Non. Elles concernent tout le monde. Selon les situations, une personne peut avoir moins de marge de manœuvre pour parler, choisir ou demander une précision. Dans un autre contexte, elle peut avoir plus d’information, d’expérience, d’autorité ou d’accès aux ressources. Quand une personne a plus de moyens d’agir dans une situation, elle peut contribuer à rendre l’échange plus clair et plus ouvert. Par exemple, elle peut clarifier les règles, laisser de la place aux questions et vérifier si l’autre personne se sent entendue.
Est-ce qu’une relation plus équitable veut dire que tout doit être partagé également?
Pas nécessairement. Dans une relation, une famille, un milieu de travail ou un service, tout ne peut pas toujours être partagé de façon parfaitement égale. Ce qui compte, c’est plutôt de regarder si les personnes concernées disposent d’un espace réel pour être entendues, poser des questions, nommer leurs besoins, exprimer leurs limites et participer aux décisions qui les concernent. Une dynamique plus équitable laisse de la place au dialogue, aux réalités différentes et à une meilleure compréhension du contexte.
À quel moment chercher de l’aide ou un appui?
Lorsque le malaise se répète, il peut être utile d’en parler à une personne de confiance. Cela peut aussi aider si la situation devient difficile à porter seul·e ou si elle touche votre santé, votre sécurité, vos droits ou votre accès à des ressources. Selon la situation, un organisme communautaire, un service en travail social, une ressource scolaire ou professionnelle, un groupe de défense de droits, Info-Social 811 ou 211 Québec peut aider à s’orienter vers les différents types de soutien possible.
Références
Freire, P. (2021). La pédagogie des opprimé·es (Éditions la rue Dorion, É. Dupeau et M. Kerhoas, trad.).
Hooks, B. (2019). Apprendre à transgresser – L’éducation comme pratique de la liberté. (Syllepse, M. Portron, trad.). M Editeur.
Rosenberg, M. B., Chopra, D., Gandi, A. et Rojzman, C. (2016). Les mots sont des fenêtres : ou des murs : introduction à la communication nonviolente [i.e. non violente] (3e éd. mise à jour, F. Baut-Carlier, trad.). Jouvence éditions.
UN PETIT PAS À LA FOIS...
Dans une situation où vous vous êtes senti·e moins libre de parler, de demander ou de choisir, qu’est-ce qui aurait pu vous aider à retrouver un peu plus de marge de manœuvre?
Ressources à découvrir à son rythme
Des outils accessibles et variés pour soutenir la réflexion, enrichir les pratiques et encourager le partage de savoirs. La section évolue au fil des besoins exprimés ou partagés par la communauté.
Pour tout public
Pour professionnel·les
Commentaires constructifs à propos de l’article