
Risques psychosociaux au travail : comprendre ce qui influence la santé
2 septembre 2026 par Une voix parmi d'autres
Au travail, la santé se construit aussi dans ce qui entoure les personnes : l’organisation des journées, les relations, les ressources disponibles et la manière dont les décisions sont communiquées.
Il arrive qu’une personne se sente plus fatiguée, tendue, découragée ou moins disponible qu’avant. Ce vécu peut être lié à plusieurs éléments : une charge qui augmente, des priorités qui changent souvent, une information qui arrive tard ou une reconnaissance peu présente.
Porter attention à ces éléments aide à replacer le vécu dans son contexte. Cela permet de mieux comprendre ce qui est attendu, ce qui est possible, ce qui se décide, ce qui se communique et ce qui peut être ajusté. Ces repères aident à mieux comprendre les risques psychosociaux du travail.
Les risques psychosociaux, de quoi parle-t-on?
Ces réalités portent un nom : les risques psychosociaux du travail, ou RPS.
L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) les définit comme des facteurs de risque liés à l’organisation du travail, aux pratiques de gestion, aux conditions d’emploi et aux relations sociales. Ces facteurs peuvent avoir des effets sur la santé physique et psychologique.
Concrètement, ces facteurs peuvent concerner :
- la charge de travail;
- l’autonomie décisionnelle;
- la reconnaissance au travail;
- le soutien du gestionnaire et des collègues;
- l’information et la communication;
- la justice organisationnelle;
- le harcèlement psychologique.
Cette définition permet de relier certaines difficultés aux facteurs présents dans l’organisation du travail. Elle oriente l’attention vers des éléments concrets du travail, plutôt que de ramener trop vite la situation à la seule capacité des personnes à s’adapter. Cette lecture peut ouvrir le dialogue et guider la recherche d’ajustements réalistes.

Comment ces risques peuvent-ils se manifester?
Les risques psychosociaux peuvent s’installer progressivement, parfois avant d’être clairement repérés comme tels. Certaines conditions peuvent sembler faire partie du travail, tout en demandant de plus en plus d’énergie.
Par exemple, des attentes qui dépassent les ressources disponibles, des priorités qui changent souvent, des rôles flous ou des décisions peu expliquées peuvent modifier la façon dont le travail est vécu et réalisé. Des tensions persistantes, une mise à l’écart, un soutien peu accessible ou peu d’espace pour poser des questions peuvent aussi alourdir la situation.
Lorsque plusieurs de ces éléments se prolongent ou se combinent, ils peuvent contribuer à l’épuisement, aux absences répétées ou à une perte de sens. Ils peuvent aussi compliquer la réalisation d’un travail de qualité. Dans les milieux où le travail touche directement la santé, la sécurité ou le bien-être d’autres personnes, ces réalités peuvent également avoir des répercussions sur la continuité ou la sécurité des soins et des services offerts. La durée et l’intensité de l’exposition jouent aussi un rôle dans les effets possibles sur la santé physique et psychologique.
Ce qui change depuis octobre 2025
Depuis octobre 2025, les risques psychosociaux occupent une place plus explicite en santé et sécurité au travail. Les milieux doivent désormais les intégrer à leurs activités de prévention, au même titre que les autres risques présents au travail.
Cette évolution confirme que la protection de la santé au travail comprend autant la santé physique que la santé psychologique. Elle s’appuie aussi sur des connaissances développées depuis plusieurs décennies concernant les liens entre l’organisation du travail et la santé (Chénard et al., 2026).
Cette reconnaissance invite aussi à élargir le regard sur ce qui influence la santé au travail. Le vécu de la personne, les soins et l’accompagnement demeurent importants. La prévention demande également d’observer ce qui, dans le travail, peut contribuer à la situation : la charge, les rôles, les priorités, la reconnaissance, la marge de manœuvre et l’accès aux ressources.
Prévenir, c’est aussi regarder les conditions de travail
Une question concrète se pose alors : quels éléments du travail peuvent être observés ou ajustés avant que les difficultés s’accumulent?
Quand l’adaptation individuelle a ses limites
Les stratégies individuelles peuvent aider à traverser une période de surcharge. Se reposer, consulter, demander de l’aide, recevoir des soins ou prendre un temps d’arrêt sont des démarches précieuses. Elles peuvent offrir un temps de recul, de récupération ou d’accompagnement.
Toutefois, elles ne remplacent pas le besoin d’observer les conditions dans lesquelles le travail se réalise. Prévenir les risques psychosociaux invite donc à examiner l’organisation du travail, les pratiques de gestion, les priorités, les espaces d’échange et l’accès concret aux ressources.
Lorsque certaines situations sont considérées comme faisant simplement partie du travail, l’attention peut se déplacer vers la capacité de la personne à s’adapter. La situation risque alors d’être comprise surtout à partir de la santé individuelle, des démarches de soin ou de la résilience attendue. Pour prévenir les risques psychosociaux, il devient aussi utile de situer ce vécu dans les conditions concrètes où il prend forme.
Quand l’aide n’arrive pas toujours au bon moment
Agir avant que la situation devienne plus difficile à soutenir demande aussi que les ressources soient accessibles au bon moment.
Dans la pratique, l’accès à l’aide peut dépendre de plusieurs instances : le milieu de travail, les soins, les assurances ou certaines exigences administratives, parfois liées à une évaluation médicale. Les critères peuvent varier selon la demande, et les délais ne s’arriment pas toujours.
Ce décalage peut retarder les ajustements nécessaires. Pendant ce temps, la fatigue, l’incertitude ou la pression peuvent s’accentuer. Les ressources utiles ne sont pas toujours accessibles au moment où elles seraient le plus aidantes. Le maintien ou le retour au travail peut alors se faire dans des conditions moins favorables.
Ce que les milieux peuvent observer
La CNESST rappelle que les risques psychosociaux peuvent être présents dans tous les milieux de travail. Pour les comprendre, il est utile de les regarder ensemble, puisqu’ils peuvent agir les uns avec les autres selon le contexte.
Quelques questions pour mieux situer les risques
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À observer |
Questions possibles |
|---|---|
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Charge de travail |
Les demandes tiennent-elles compte du temps, des ressources et des imprévus? Permettent-elles de réaliser un travail de qualité? |
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Autonomie décisionnelle et marge de manœuvre |
Les personnes disposent-elles d’une marge de manœuvre et d’une possibilité de participer aux décisions qui touchent leurs tâches? |
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Reconnaissance au travail |
Les personnes reçoivent-elles de la reconnaissance pour leurs efforts et leurs réalisations? |
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Soutien du gestionnaire et des collègues |
Les personnes peuvent-elles obtenir de l’écoute, de l’aide ou de la collaboration lorsqu’elles en ont besoin? |
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Information et communication |
Le milieu transmet-il clairement les décisions, les priorités et les changements, au moment utile? Les personnes disposent-elles d’un espace pour poser des questions et obtenir des réponses utiles? |
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Justice organisationnelle |
Les règles et les décisions sont-elles expliquées clairement et appliquées de façon cohérente et équitable? |
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Harcèlement psychologique |
Des paroles, des gestes ou des comportements répétés ont-ils pour effet d’empêcher une personne de s’exprimer, de l’isoler, de mettre en doute son jugement, de nuire à sa réputation ou à sa crédibilité professionnelle, de l’humilier ou de la menacer? |
Ces questions peuvent compléter une démarche plus formelle de prévention et aider à situer les éléments du travail qui contribuent aux tensions observées. Lorsque plusieurs facteurs défavorables se prolongent ou se combinent, leurs effets sur la santé physique et psychologique, l’énergie et la capacité de réaliser le travail peuvent s’accentuer. Une conclusion juridique ou organisationnelle repose toutefois sur une démarche d’analyse plus complète. Une fiche éducative accompagne aussi ce billet pour résumer les principaux repères et les niveaux d’action possibles : Risques psychosociaux au travail : comprendre où agir et avec qui.

Comprendre les conditions de travail pour mieux agir
Observer les conditions concrètes de travail aide à situer ce qui est attendu des personnes, les possibilités d’action dont elles disposent, la façon dont les décisions sont prises et la circulation de l’information.
Cette lecture des conditions de travail touche les équipes, les gestionnaires et les milieux dans leur ensemble. Les personnes ne disposent pas toutes de la même marge de manœuvre pour soulever une difficulté ou contribuer à un changement. La position occupée, les responsabilités, le statut d’emploi et l’accès à l’information peuvent influencer ces possibilités.
Faire vivre la prévention au quotidien
Un milieu attentif aux risques psychosociaux peut reconnaître les tensions, accueillir les préoccupations et chercher à comprendre ce qui y contribue. Il peut ensuite envisager des ajustements réalistes qui ne reposent pas uniquement sur les personnes concernées.
Les avancées réalisées offrent un cadre plus clair pour agir. Il reste à traduire ces repères concrètement dans les milieux de travail. Les principes de prévention prennent alors forme dans les gestes du quotidien et les choix collectifs : organiser, clarifier, reconnaître, ajuster et rendre les ressources accessibles au bon moment.
Références
Chénard, C., Delisle, C., Nicolakakis, N. et Sassine, M.-P. (2026). Les risques psychosociaux du travail et leur prévention en contexte québécois : une expertise développée depuis plus de 25 ans à l’Institut national de santé publique du Québec. Dans M. Dufour-Poirier et J.-P. Dautel (dir.), Santé mentale au travail, organisation et transformations du travail : regards critiques, pragmatiques et interdisciplinaires ancrés au Québec (p. 259-271). Presses de l’Université du Québec.
Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. (2021-2026). Risques psychosociaux liés au travail. CNESST.
Institut national de santé publique du Québec. (2025). Risques psychosociaux du travail. INSPQ.
UN PETIT PAS À LA FOIS...
Dans une situation de travail récente, qu’est-ce qui a demandé le plus d’énergie : la quantité de travail, les repères disponibles, l’accès au soutien, une tension relationnelle ou la marge de manœuvre?
Cette observation peut devenir un premier repère pour ouvrir une réflexion ou une conversation.
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