
Favoriser le bien-être et prévenir l’épuisement au travail
15 avril 2025 par Une voix parmi d'autres
Le travail occupe une place importante dans nos vies. Il peut nourrir un sentiment d’utilité, de stabilité, de contribution ou de sens. Dans plusieurs milieux, les attentes de performance, d’efficacité et de disponibilité sont aussi très présentes. Elles peuvent influencer le rythme des journées, l’organisation des priorités et les possibilités de récupération.
Lorsque plusieurs éléments s’accumulent, l’équilibre peut devenir plus fragile. Il peut s’agir d’une charge élevée, d’horaires difficiles, d’attentes peu claires, de relations tendues ou d’un besoin d’aide plus présent. Prendre du recul peut alors aider à mieux distinguer ce qui relève de soi, du milieu de travail, des ressources disponibles et des ajustements possibles.
Prévenir l’épuisement demande donc de regarder à la fois ce que le travail nous demande et les conditions concrètes dans lesquelles il se réalise. C’est aussi une façon de prendre soin du bien-être et de la santé mentale au travail. Pour y arriver, il peut être utile d’observer ce qui soutient l’équilibre, ou ce qui le rend plus fragile.
Les conditions de travail façonnent le quotidien
Un milieu favorable au bien-être prend forme dans l’organisation du travail, jour après jour. Cela peut se voir dans la manière de répartir la charge, de planifier les horaires, de situer les priorités, de reconnaître les contributions, de fournir les moyens nécessaires et de rendre l’aide accessible lorsque la situation devient plus difficile.
Ces façons de faire influencent les journées de travail. Elles peuvent favoriser la concentration, la collaboration, la confiance et la possibilité de récupérer après les périodes plus intenses. Elles peuvent aussi influencer la manière dont une personne se sent, pense, réagit et retrouve son énergie.
Quand le travail soutient ou fragilise la santé mentale
Le travail peut soutenir la santé mentale lorsqu’il offre un cadre sécuritaire, des liens sociaux, des repères et un sentiment de contribution. À l’inverse, certains milieux peuvent la fragiliser. C’est le cas lorsque la charge est élevée, que la marge de manœuvre est limitée ou que le soutien reste difficile à obtenir (OMS, 2022).
Dans ce type de contexte, une personne peut continuer à faire avancer ses tâches, à participer aux échanges et à répondre à plusieurs sollicitations. En même temps, la fatigue et la tension peuvent s’accumuler. La concentration devient parfois plus fragile, la satisfaction au travail diminue et certaines journées semblent demander plus d’énergie qu’avant.
Ce décalage entre le travail qui se poursuit et l’énergie disponible peut toucher des personnes engagées, qu’elles soient nouvelles dans un milieu ou expérimentées. Il amène à regarder plus précisément les formes que peut prendre la surcharge au travail.
Comprendre les formes de surcharge au travail
La surcharge apparaît lorsque le travail attendu dépasse ce qui est possible avec les moyens, l’information, la marge de manœuvre et les possibilités de récupération disponibles.
Elle peut venir du nombre de tâches, des délais ou des responsabilités. Parfois, elle touche plutôt les émotions, l’attention, les relations, les changements ou l’organisation du travail. Souvent, plusieurs de ces dimensions se combinent.
Elle se vit autant au bureau qu’en télétravail ou en mode hybride. Une personne peut alors continuer à faire avancer ses tâches, à participer aux échanges et à répondre à plusieurs sollicitations. Pourtant, cela peut lui demander plus d’énergie qu’avant.
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Forme de surcharge |
Ce que cela peut vouloir dire |
Exemples concrets |
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Surcharge de travail |
La quantité de tâches, les délais ou les responsabilités dépassent ce qu’une personne ou une équipe peut accomplir de façon réaliste. |
Avoir plusieurs priorités en même temps, recevoir des demandes imprévues, prolonger souvent ses journées, sentir que le travail reste toujours en attente. |
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Surcharge émotionnelle et relationnelle |
Le travail demande de composer avec beaucoup d’émotions, de tensions ou de situations sensibles. |
Accompagner des personnes en détresse, vivre des tensions d’équipe, chercher ses mots dans des échanges délicats, garder une posture professionnelle dans un climat tendu. |
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Surcharge cognitive et informationnelle |
L’attention est souvent sollicitée par des informations, des décisions, des interruptions ou des changements fréquents. |
Passer rapidement d’un dossier à l’autre, recevoir beaucoup de messages, retenir plusieurs consignes, s’adapter à des priorités qui changent, chercher l’information nécessaire pour avancer. |
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Surcharge organisationnelle |
L’organisation du travail demande beaucoup d’adaptation ou de précision. |
Chercher qui décide quoi, composer avec des consignes différentes, comprendre de nouveaux outils, travailler avec des responsabilités, des procédures ou des attentes peu définies. |
Ce tableau aide à mettre des mots sur différentes formes de surcharge. Il rappelle que l’épuisement peut se comprendre à partir de plusieurs dimensions du travail qui s’accumulent ou se combinent.
Reconnaître les signaux qui reviennent
Certaines périodes de travail demandent plus d’énergie que d’autres. Après un délai important, un changement d’équipe ou une période plus chargée, il peut être normal d’avoir besoin de récupérer.
Il peut être aidant de s’y attarder lorsque certains signaux reviennent souvent. C’est aussi le cas lorsqu’ils durent plus longtemps ou commencent à toucher d’autres sphères de la vie. Par exemple, une personne peut remarquer qu’elle pense au travail le soir ou qu’elle récupère moins bien. Elle peut aussi se sentir plus irritable, moins disponible pour ses proches, ou appréhender certaines journées. Parfois, les moments de satisfaction deviennent plus rares.
Quelques questions peuvent aider à y voir plus clair :
- Qu’est-ce qui me demande le plus d’énergie en ce moment?
- Est-ce que j’arrive à récupérer après les périodes plus intenses?
- Est-ce que je remarque un changement par rapport à ma façon habituelle de vivre le travail?
- Est-ce qu’une attente, une priorité ou une responsabilité aurait besoin d’être précisée?
- De quel appui aurais-je besoin pour traverser cette période avec un peu plus de stabilité?
Les reconnaître sans se juger peut déjà devenir une façon de prendre soin de soi. Dans l’esprit de la communication non violente, ce vécu peut être vu comme une information sur des besoins à considérer : repos, clarté, reconnaissance, sécurité, respect ou autonomie (Keller et al., 2018).
Cette première mise en mots peut aider à mieux comprendre ce qui se vit et à repérer un prochain pas réaliste, comme demander une précision, se tourner vers une personne-ressource ou poser une limite plus claire.
S’inspirer de parcours vécus
Dans l’Espace partage, le témoignage de Y met en mots une expérience liée au travail, à la fatigue et au besoin de se reconstruire à son rythme. Ce type de récit peut aider à reconnaître certains vécus, à se sentir moins seul·e et à ouvrir une réflexion sur ce qui demande de l’énergie ou ce qui aurait besoin d’être accompagné.
Des gestes simples pour retrouver de la clarté et ouvrir le dialogue
Une fois certains signaux mieux reconnus, quelques gestes peuvent remettre un peu de clarté dans la situation. Ils peuvent soutenir les liens, rendre certains besoins plus visibles et ouvrir une conversation lorsque les conditions sont réunies.
Concrètement, cela peut vouloir dire :
- préciser ses heures de disponibilité et de déconnexion;
- demander une précision sur une priorité, une attente ou un délai;
- nommer un besoin de récupération ou de repères;
- proposer un temps d’échange lorsque plusieurs demandes s’accumulent;
- reconnaître les contributions et les efforts des collègues;
- se tourner vers une personne-ressource lorsqu’une situation demande plus de soutien.
Prendre soin de soi peut aussi passer par un rythme plus réaliste : ralentir lorsque c’est possible, poser une limite plus claire ou choisir ce qui peut attendre. Ces gestes peuvent aider à distinguer les ajustements possibles à court terme des questions qui relèvent davantage de l’équipe ou de l’organisation.
Parfois, il devient nécessaire de revoir une priorité, de mieux répartir une charge, de préciser une responsabilité ou de rendre l’aide plus facile à obtenir.
Des conditions à construire ensemble
Plus largement, prévenir l’épuisement demande aussi de regarder la répartition du travail, les attentes, la reconnaissance et les ajustements possibles au fil du temps. Cette perspective rejoint les repères du Gouvernement du Canada, qui rappelle que l’épuisement professionnel est lié au stress chronique au travail et que les réponses organisationnelles ont un rôle important à jouer (Gouvernement du Canada, 2026).
Les équipes, les gestionnaires et les personnes en rôle de coordination peuvent contribuer à créer des conditions plus soutenantes. Cela peut passer par des priorités plus claires, une charge plus réaliste et des responsabilités mieux définies. Cela peut aussi inclure des espaces de dialogue qui accueillent les questions, précisent les suites et rendent les ressources plus accessibles.
Lorsque ces conditions sont présentes, il devient souvent plus possible de poser une question, de nommer une difficulté ou de demander un appui. Les échanges deviennent plus soutenants lorsqu’ils permettent d’entendre différents points de vue et de regarder ce qui, dans l’organisation du travail, peut être ajusté.
Favoriser le bien-être au travail, c’est créer des conditions où les personnes peuvent contribuer, récupérer, poser des questions, recevoir de la reconnaissance et sentir qu’elles ne portent pas seules ce qui dépasse leur marge de manœuvre.
Références
Gouvernement du Canada. (2026, 21 avril). Prévenir l’épuisement professionnel.
Keller, F., La Tour du Pin, A. de et D’Ansembourg, T. (2018). Pratiquer la CNV au travail : la communication nonviolente, passeport pour réconcilier bien-être et performance (2e édition). InterÉditions.
Organisation mondiale de la Santé. (2022). Lignes directrices de l’OMS sur la santé mentale au travail : résumé d’orientation. [WHO guidelines on mental health at work: executive summary]. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2022. Licence : CC BY-NC-SA 3.0 IGO. Genève, Organisation
UN PETIT PAS À LA FOIS...
Cette semaine, vous pourriez choisir une situation de travail qui vous demande beaucoup d’énergie.
Observez ce qui semble le plus présent : la charge de travail, les besoins de récupération, de repères ou de reconnaissance, l’accès aux ressources ou la difficulté de décrocher.
Reconnaître ce qui est présent peut déjà aider à retrouver un peu plus de clarté.
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